Trop donner jusqu'à développer le syndrome de la femme-buffet

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Vous donnez jusqu'à vous vider? Vous cherchez plus à plaire aux autres qu'à vous même? Vous avez déjà fait un burn-out? Vous avez l'impression qu'on prend avantage de vous dans une ou plusieurs sphères de votre vie? Vous avez de la difficulté à dire non? Vous avez de la difficulté à sentir, identifier et exprimer vos limites?  Il se pourrait que vous en soyez atteintes.

Cette expression m'est venu un jour lors d'une conférence.  L'image de la "femme buffet chinois" dans lequel tout le monde pige à volonté (y compris elle-même) jusqu'à en gaspiller les ressources.  

Les petites phrase qui nous déconnectent

"Finis ton assiette.  Vas donner un bec à matante.  Non tu n'as pas peur, c'est ridicule, il n'y a rien sous ton lit.  C'est pas une raison pour pleurer ou faire un crise. Une femme devrait être ceci, un homme cela.  Tu n'as pas raison de te sentir comme ça."

Avez-vous déjà entendu ces phrases ou les avez-vous déjà prononcé?  Si vous êtes un humain, je vous assure que sous une forme ou une autre c'est le cas d'un côté comme de l'autre. 

L'enfant est une éponge, il écoute ses parents presque comme si ils étaient des Dieu.  Il les voit plus grand que nature et si celui-ci lui dit que ce qu'il sent et perçoit n'est pas juste, l'enfant apprendra à douter et éventuellement ne plus se faire confiance avec les signaux que sa boussole intérieure lui dit.  La société, les situations de vie, les personnes qui nous entourent de près ou de loin ont tous une idée de la personne que nous devrions être  et ce que nous devrions jusqu'à un certain point.  Parfois, tout le monde sauf nous.  Pas étonnant que nous nous déconnectons de notre GPS intérieur et cherchons à l'extérieur de nous-mêmes des recettes pour mieux vivre et être.

Devenir un buffet

Nous savons que nous avond peut-être le syndrome du buffet si nous cherchons à plaire aux autres et quêter leur accord.  Si nous ne voulons pas décevoir ni déranger les autres.  Si nous fuyons le conflit et la confrontation et pouvons même aller jusqu'à mentir (des petites omissions ou mensonges tous blancs et innocents à vos yeux) pour ne pas y faire face.  Si nous disons oui quand nous volons dire non et non quand nous volons dire oui. Si nous avons  beaucoup de facilité à donner mais de la difficulté à recevoir.  Si nous ne reconnaissons  pas nos limites et attendons d'être rendue jusqu'au bout pour les exprimer.  Si nous accumulons du ressentiment face à nos proches qui devraient comprendre et deviner qu'ils nous en demandent trop.    

La réalité c'est qu'à force de vouloir plaire, ne pas déranger, dire non devient difficile.  Quand je parle du non c'est le non relié à nos limites, à ce qui dit non indéniablement en dedans. Je ne parle pas du non enraciné dans la peur, dans un refus de vivre et d'oser respirer la vie.  Je parle du non qui libère, du non qui nous reconnecte à nous.  
 

"Pour pouvoir dire des vrais oui,
il est nécessaire d'apprendre à dire des vrais non."

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Dire non, ça se désapprend

Dire non ça s'apprend.  Quand?  Quand on est petit comme toutes les autres aptitudes relationnelles, physiques, linguistique, motrices, etc qu'un être humain doit développer tout au long de ses apprentissages de base.  Les non et les oui sont des fonctions de base qui nous aident à déterminer nos préférences, notre territoire physique, psychologique et émotionnel.  Ils sont les multiples choix que nous faisons à tous les jours depuis le début.  Ils sont fondamentaux dans la construction de notre être et le chemin que nous allons prendre.

Dans le règne animal, dire non cela va de soit.  Je regarde mon matou Chochotte (je vous raconterai l'histoire de ce drôle de nom pour un matou dans une autre info-lettre) quand il souhaite dire mon à mon plus jeune qui joue un peu trop brusquement avec lui.  Il fait sont grognement de minou ou il lui fait une petite mordée d'avertissement.  Il ne se pose pas de multiple questions du genre: "Va-t-il continuer à m'aimer? Ai-je le droit? Il a sûrement raison de me malmener ainsi, qui suis-je pour lui dire d'arrêter? Il a une autorité sur moi, je ne devrais pas prendre ma place, va-t-il me juger?, etc." Bien sûr, c'est un chat et un chat et bien c'est un chat. Un chat bien équilibré qui a une bonne notion de son espace et de ses limites.  Il n'a pas le choix, il dit non quand il doit dire non. 

La crise du bacon

Les petits enfants sont pareils.  Quand c'est non c'est non!  Et il nous le font savoir.  Il n'y a pas encore beaucoup de filtres et de peurs inconscientes qui les figent devant cette capacité à exprimer leur désaccord qu'il soit justifié ou non.  Chose certaine il est justifié à leurs yeux et leurs proches le savent très bien.

Les notions de base en psychologie nous disent que les expériences marquantes, les prédispositions génétiques, la modélisation de nos parents et les conditionnement familiaux et sociaux amènent des peurs et des blocages internes qui font que l'enfant que nous étions apprend à survivre du mieux qu'elle peut et a vite appris que ses certains besoins, limites et désirs étaient mieux de rester sous silence si elle voulait plaire et être accepté par son environnement.  Dire non peut devenir de plus en plus dangereux si elle veut continuer à aller chercher un lien affectif et sécuritaire.  Logique.

Rien contre les parents, nos parents sont les enfants de leurs propres parents et ainsi de suite.  J'en suis une moi-même et les limites de mes enfants ne sont parfois pas entendues et validées même chez moi.  Je rencontre ma progéniture à la lumière de mes propres limites et mes "non" de maman gagnent parfois sur leurs "non" d'enfant. C'est le défi de la vie.

Rebâtir le pont entre soi et soi

Apprendre à dire "non" est plus que dire un simple mot.  C'est entrer en relation avec soi-même et apprendre à mieux comprendre nos mécaniques, nos élans, notre énergie. C'est discerner ce que l'on veut vraiment sans envahissement externe ou interne. C'est assumer la personne que l'on est même cela ne plaît pas nécessairement aux autres. C'est prendre sa place sur la Terre, se manifester pleinement même si cela dérange. 

Nous enseignons aux autres comment nous traiter

Savez-vous quoi?  Les personnes qui ont un bons sens de ce qu'elles sont et ne sont pas sont généralement plus respectées et estimées car elle se respectent et s'estiment elles-mêmes.  Encore logique.  

On ne dit pas aux autres comment nous traiter, on leur montre à la lumière de comment nous nous traitons nous-mêmes.  Si vous vous traitez comme un buffet sans fond, il y a de fortes chances que les autres le fassent aussi.

J'ai longtemps tout ramassé pour mes enfants.  Ils oubliaient de mettre leur assiette dans le lave-vaisselle? Trop long de les interpeller pour qu'ils le fassent, je le faisais.  Et hop, rapide et facile.  Tous ces petits gestes de maman pressée et efficace m'on piégé moi-même.  J'avais enseigné à mes enfants que parfois maman était un buffet et en plus j'avais l'impression que j'étais la victime de petits enfants ingrats!! :)  Régulièrement maintenant, l'assiette restera sur le comptoir et j’appellerai mon fils pour qu'il vienne le faire.  Il m'arrive de ranger quelque chose et de le remettre en désordre et de les appeler pour qu'ils viennent ranger.  Mon conditionnement est fort, le buffet en moi n'est jamais bien loin et je dois encore faire un effort conscient de m'enseigner à moi et mes enfants que le "open bar" est en redéfinition de mission.  

Quelle joie de les voir participer activement à presque toutes les tâches de la maison.  De les conscientiser au fait qu'une famille comporte plusieurs volet auxquels tout le monde a sa part à faire.  Quelle joie de voir ces hommes devenir des êtres pensants, participatifs et engagés dans leurs processus de vie.  Quelle joie de les voir me considérer dans mes besoins et mes limites car j'ai appris à le faire pour moi-même et aussi pour eux.  C'est n'est pas parfait mais on avance!


Reconvertir son buffet

Que faire quand on a été un buffet toute sa vie? Je vous offre ces pistes de réflexion:

  1. Écoutez votre corps, il va vous le dire si ça dit oui ou non.  Ça ouvre ou ça ferme?  C'est lourd ou léger en dedans?  Ça fait du bien d'y penser ou non?

  2. Arrêter et demandez un temps de réflexion avant de dire oui.

  3. Pratiquez vous à dire des vrais non toute seule à haute voix chez vous ou dans votre auto.  Non, non, non.  Voyez comment vous le sentez, est-ce facile ou inconfortable?

  4. Commencez par des petits non dans des relations sécuritaires.

  5. Écrivez quelles limites sont transgressées pour vous en ce moment.  Qu'est-ce qui doit changer? Dans quelle sphère donnez vous trop?

  6. Apprenez à recevoir et demander à recevoir ouvertement.  Pour certaines juste cette phrase va apporter de la confusion!!  Quoi, moi recevoir??!

  7. Accorder de la valeur à votre temps et vos compétences.  Seule vous pouvez le faire.  Respecter son temps, ne pas tout offrir au premier venu consiste à se donner une grande valeur.

  8. Faites vous aider, mettre ses limites ça s'apprend.

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Je dédies ce texte à une de mes merveilleuse amie qui tout comme moi est en chemin vers un non authentique et son pouvoir personnel.  Que c'est beau de voir les lumières s'allumer, la vie reprendre et les structure de ciment se transformer en structure de cristal.

Vous voulez oser aller plus loin là dedans?  Vous reconnecter à vous-mêmes? Vous accorder plus de valeur et recevoir?  Je vous convie à la retraite d'été à Val-David.  Ce sera un lieu privilégié pour travailler votre non et votre oui. 

Je vous souhaite un beau début d'été.
 

Chaleureusement, Maïka

Maïka Roy